Garétier : "Les chiffres disent que le PSG est déjà le Barça de la L1" - PSG - Pariskop

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Geoffrey Garétier a commenté la victoire du PSG face à Guingamp ce weekend (2-0). Au delà du résultat, celui qui se nomme Footbalogue, revient sur le début de saison du club de la capitale avec des chiffres qui montrent, selon lui, que le PSG est en quelque sorte le Barça de la Ligue 1. Un constat pas forcément évident quand on voit le manque de créativité lorsqu’un joueur a le ballon. Voici son analyse complète.

Le PSG est-il déjà à la Ligue 1 ce que le Barça est à la Liga?

La question est brutale et, je le sais, peut sembler insensée.Comparer le champion de France et le champion d’Espagne? Je vous entends déjà. D’un côté, le PSG, nouveau riche mondialisé, à peine assis sur trois titres de champion de France, encore en quête de légitimité européenne. De l’autre, le Barça, ce symbole politique, ce monument du foot mondial, ses quatre Ligues des Champions, ses vingt-deux couronnes ibériques ornées d’un quadruple Ballon d’or en guise de diamant éternel. Allons! Comparaison n’est pas raison.

Les chiffres (je ne parlerai pas ici de la source qatari, qui coule en parallèle des deux côtés des Pyrénées), pourtant, disent déjà autre chose. Les chiffres sont au langage ce que le coq est au règne animal: une vigie, qui perçoit la lumière quand les consciences dorment encore; une voix, qui porte haut ce que nos oreilles ne voudraient pas entendre. Les chiffres disent que le PSG, vainqueur à l’arraché de l’En Avant Guingamp (2-0, Rabiot et Ibrahimovic), est déjà le FC Barcelone du championnat de France de L1.

En quatre matches, certes contre des équipes de deuxième moitié de tableau, l’équipe entraînée par Laurent Blanc affiche des statistiques encore jamais vues dans l’histoire de notre championnat.
Les ballons joués? 767 en moyenne par match, contre 672 la saison dernière. En seulement trois sorties, le seul Thiago Motta en est déjà à 102 par match, à la façon du Xavi de Barcelone.

La possession de balle? 66% selon les statistiques de la Ligue de football professionnel, contre 54% seulement les deux saisons précédentes. Derrière, Monaco pointe à 56%, l’OM à 53%, avant leur affrontement de ce soir. Une moyenne barcelonesque, là encore.

Les tirs? 21 par match en moyenne, dont un extravagant pic à 39 contre Ajaccio (voir tableau ci-contre), lors de la 2e journée. Monaco est à 17, l’OM à 14. Et les joueurs parisiens cadrent 42,9% de leurs tirs, soit plus de 2 sur 5, un indicateur impressionnant.

Arrêtons-nous là pour l’instant. La limite des chiffres, c’est qu’ils ne traduisent pas intégralement les messages que leur envoient les yeux. Le PSG possède et fait vivre le ballon, le PSG frappe au but avec régularité et précision et pourtant, le PSG a gagné seulement deux de ses quatre matches et marqué 6 buts en 84 tirs! Soit un taux de conversion de 7,1% seulement enfoncé par Toulouse et Bordeaux, ce qui n’étonnera pas les observateurs.

Cette saison, avec le renfort offensif d’un Edinson Cavani (avant renfort éventuel de dernière heure), Paris est juché sur des hauteurs techniques ou l’adversaire est contraint à l’inertie tactique, sous peine d’asphyxie. Bien plus encore que la précédente où le 4-4-2 de Carlo Ancelotti était surtout porteur de fulgurances sur ballons de récupération. Sur un malentendu, cette stratégie a minima peut payer: le but de Pedretti pour Ajaccio sur le seul tir corse du match; l’occasion de Yatabaré hier, sur l’un des deux tirs cadrés guingampais, laquelle, à 0-0, aurait pu s’avérer décisive.

Pour faire la synthèse des chiffres et de leurs contradictions, disons que le PSG est désormais équipé d’un moteur énorme et qu’il n’a pas encore exploité à pleine puissance. C’est à Laurent Blanc de l’aider à y parvenir. Et à nous démontrer au passage ses talents d’ingénieur en trouvant le bon positionnement des courroies de transmission, qu’elles se nomment Pastore, Lucas ou Lavezzi.

Chacun le sent bien, ce n’est qu’une question de temps. Lorsque le PSG tournera à plein régime, toute opposition sera balayée. Exceptée, peut-être, celle de Monaco. Qu’elle soit mono ou duopolistique, la structure de la Ligue 1 s’en trouvera radicalement affectée. Durablement? Définitivement?

J’en reviens à la comparaison initiale. Si le PSG s’approche du Barça, c’est que la Ligue 1 dérive vers la Liga. En Espagne, l’aigle à deux têtes que les Catalans du FC Barcelone forment avec les Castillans du Real Madrid survole la piétaille depuis la nuit des temps, thésaurisant plus de 3/4 des titres de champion sur les soixante dernières années.

Et depuis 2008-09, il n’y a plus de match du tout: le Barça a inscrit 94,6 points de moyenne par saison, contre 90,2 au Real. Le 3e, Valence, émarge à 66! Valence, également le dernier club champion en dehors du tandem infernal et aujourd’hui en situation de quasi-asphyxie financière. Cette situation a fait une victime principale: la Liga elle-même, désormais dénuée de tout intérêt concurrentiel.

Cette situation d’extrême concentration des pouvoirs prévaut désormais partout en Europe, bien au-delà du Portugal ou de l’Écosse, ses bastions traditionnels. En Angleterre, la Premier League se résume à un dialogue Manchester-Londres depuis 1995-96; l’Italie s’est enfermée depuis 2001-02 dans son sulfureux paradigme Turin-Milan. Même l’Allemagne, si rétive au pouvoir absolu, y a cédé: depuis la saison 2009-10, Dortmund et le Bayern ne partagent plus, battant chaque saison tous les records de points.

Cet échange ultime, à toi à moi, à la manière d’un match de tennis, est dans la nature profonde du football, activité majeure et mondialisée s’il en est. Tôt ou tard, c’était écrit, la Ligue 1 devait finir par céder. Je ne pensais pas que cela serait si brutal, si insensé. Doit-on s’y résigner? L’inéluctable, autant qu’écrasante, domination du Paris Saint-Germain, avec ou sans la réplique de l’AS Monaco, se traduira bientôt par des saisons à plus de 90 points, plus de 90 buts et la concurrence à la rue. Et par une question qui fâche: privée de sa loi fondamentale, à savoir sa stricte et nécessaire part d’incertitude, quel sera à terme l’intérêt d’une compétition comme la Ligue 1?

Pour ma part, la réponse est claire: il n’y en a plus. D’où cette autre question:combien de temps tout cela pourra-t-il, tout cela va-t-il durer?


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