Roger-Petit : "Une mise à mort de Pastore demandée par les embourgeoisés de Borelli et Paris" - PSG - Pariskop

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Bruno Roger-Petit est revenu via son blog sur le cas Javier Pastore qui divise au PSG. Le journaliste a notamment mis en avant la différence de traitement entre les tribunes Auteuil et Boulogne d’un côté et Borelli et Paris de l’autre.

Pastore divise le Parc des Princes. Il y a ceux qui, malgré les errances, les ratages, les approximations, continuent de lui faire confiance. Et il y a les autres, qui ne pardonnent plus rien, s’agacent de tout, et ont décidé de voter la défiance. C’était patent, hier, lors de la rencontre PSG-Guingamp remportée par le club parisien au terme d’un suspense haletant et étouffant (2-0, buts de Rabiot et Ibrahimovic). Pastore clive, comme l’on dit de nos jours. Une partie du stade le siffle et hue son patronyme, l’autre l’applaudit encore et scande son nom. 

Le Parc des Princes, comme tous les stades du monde, est doté d’une sociologie qui est propre, et qui peut s’étudier tribune par tribune. Hier, de même qu’il était évident que Pastore divise le Parc, il était tout aussi évident que cette division,grosso modo, se retrouvait par bloc, dans les tribunes du stade. On s’y arrête aujourd’hui, parce qu’au-delà du cas Pastore, c’est l’occasion de mesurer ce que représente le football pour les uns et les autres, sa connaissance, sa culture et ses usages, et que l’on ne se résigne pas à ce qu’il perde le beau qualificatif de « populaire ». 

On ne veut pas ici discuter d’un point. Oui, Pastore a (encore) raté son match. Oui, il a encore affiché cette indolence qui est sa marque de fabrique, en ce début de saison. Oui, on l’a même vu laisser passer une passe sous nez, qui lui était pourtant destinée, qu’il aurait dû anticiper, comme s’il s’était déconnecté de l’environnement du match. Oui, il ne va pas bien. Oui, Laurent Blanc doit faire face à un problème Pastore. « C’est un garçon qui fait se poser beaucoup de questions », a déclaré, après la rencontre, l’entraineur du PSG, « Lui-même s’en pose peut-être beaucoup, peut-être trop. A nous de l’aider pour qu’il retrouve son meilleur niveau parce qu’on aura besoin de lui ». Ce point étant acquis et non débattu parce qu’il n’y a pas matière à débat, passons à notre focus du jour. Comment réagir face à ce problème, du point de vue du supporter ? 

Siffler un joueur, le huer, le vouer aux gémonies du football, est-ce vraiment le meilleur moyen de lui redonner confiance, de l’épauler, de l’aider ? Sauf à croire qu’un footballeur moderne est un US Marine tout droit sorti de Full metal jacket, la réponse est négative. Ceux qui sifflent Pastore sont de bien piètres psychologues du sport, et par conséquent de bien mauvais supporters du PSG. Non seulement éreinter un joueur de son équipe favorite, ce n’est pas l’aider, mais c’est aussi perturber ses coéquipiers. Bref, siffler plus que de raison un joueur de l’équipe que l’on prétend encourager, c’est idiot. Et vain. 

Or hier, au Parc des Princes, il fut étonnant de constater que les sifflets les plus virulents, les huées les plus haineuses en majorité émanèrent des tribunes latérales, et mieux encore, des tribunes où se massent ceux qui paient le plus cher l’abonnement ou la place. Plus exemplaire encore, même dans les loges VIP (avec plein de riches invités dedans) on se déchaina sur le malheureux Pastore, en modeMorituri te salutant. Triste spectacle. Quand on aime le football, on ne peut que se désoler quand la bronca s’exerce sur un footballeur de l’équipe que des supporters sont censés soutenir. Donc, ces tribunes là, en grande partie, sifflèrent Pastore, le pouce baissé.

En revanche, ce que l’on ne souligne pas assez dans les compte-rendus du match et du sort de Pastore, c’est que ces sifflets et huées ne furent pas unanimes. Signe des temps et des oppositions, en réponse à ces sifflets et ces huées, s’élevèrent les encouragements et les applaudissements des populaires. 

Hier, Auteuil et Boulogne décidèrent de ne pas accabler Pastore. Hier, le chœur et le cœur de ceux qui respectent le footballeur et le football refusèrent de se joindre à la mise à mort symbolique de Pastore demandée par les embourgeoisées tribunes Borelli et Paris. Hier, le peuple du football, le vrai finalement, soutint Pastore, au nom d’une certaine idée du football et du supporter. Auteuil et Boulogne, le peuple du football en somme, refusa de céder à une exécution symbolique, sentant bien que ce caprice de nanti avait peu à voir avec l’essence du football. 

« C’était grand » comme on s’exclamait dans années 80 face à une manifestation du beau, et cela en disait long sur la mutation du football en tant que spectacle moderne sportif. D’un côté, un certain type de spectateur qui vient là comme dans une arène, sans respect de la dignité d’une personne, ni du football. De l’autre, le supporter, qui connait du football les grandeurs et les faiblesses, et qui se refuse à considérer le match comme un show destiné à défouler ses pulsions, le supporter qui sait quand et qui siffler et qui avait compris, hier, que ce n’était pas le moment de siffler Pastore. 

Hier au Parc, en soutenant Pastore au lieu de l’accabler, en refusant de considérer un footballeur comme un gladiateur que l’on peut sacrifier sur un coup de tête, selon son bon plaisir, mais comme un artiste qui peut connaitre aussi, ses moments de faiblesse de déshérence et de doute, Auteuil et Boulogne ont rendu au mot « populaire » ses lettres de noblesse. D’une certaine façon, c’est rassurant pour l’avenir. 


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