Analyse : Les cinq réussites tactiques de la saison de Laurent Blanc - PSG - Pariskop

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À l’heure où celui-ci est encore décrié par une partie des médias après l’élimination du PSG contre Chelsea en Ligue des Champions, il faut rappeler Laurent Blanc a indéniablement réussi sa mission cette année : il a fait mieux que son prédécesseur en remportant (quasi-certainement!) le titre, mais également une coupe nationale. Si les propriétaires du club rêvent peut-être d’un nom plus clinquant, le « président » a clairement démontré cette saison qu’il était l’homme pour porter un projet de la grandeur de celle du Paris Saint-Germain. Nous vous proposons, à Pariskop, avant le match qui donnera peut-être le titre au PSG à Sochaux, une analyse des principales réussites tactiques de ce PSG « présidentiel ».

1. UN ÉQUILIBRE

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des schémas tactique, y compris dans les célébrations. Ici, un 5-1-1 contre l’ASM.

Si Leonardo concevait l’arrivée d’Edinson Cavani comme l’occasion d’installer un 4-4-2, Laurent Blanc a, au fil des premiers mois de championnat, bâti une équipe efficace, puissante et séduisante, mais surtout équilibrée. Comme nous l’avions analysé cette année, le milieu à trois (Matuidi-Motta-Verratti) est d’une complémentarité magnifique, oscillant entre solidité défensive, hargne et agressivité, mais aussi distribution minutieuse (Motta), projection vers l’avant (Matuidi) et longs ballons (Verratti). Très important : les qualités des uns ont compensés les défauts des autres. Les retours éclairs de Matuidi ont fréquemment rattrapés les pertes de balles de Verratti dans ses 40 mètres, tandis que la précision et la vista extraordinaire du petit italien ont permis de compenser les quelques limites techniques du français, qui se risque rarement à de longs ballons en profondeur. Verratti a l’imagination, la précision, et la folie pure ; Matuidi a la concentration, le volume de jeu, et l’abnégation pour permettre une association idéale, sans oublier les buts qu’il inscrit au forceps (revoir le dernier contre Evian). Le duo est complété par l’intelligence froide de Motta, qui, dans un rôle de « tour de contrôle », est le pilier de cet équilibre au milieu, en étant tout à la fois, un appui, un filet de sauvetage, et un guide du jeu parisien.

Edinson Cavani l’a fait savoir dans les colonnes de « L’Équipe », avant la double-confrontation contre Chelsea : il n’apprécie pas sa position, excentrée, et menace de revoir son choix sur son futur au club si celle-ci ne change pas. Cette position apporte cependant à l’équipe un formidable équilibre en phases offensives autant que défensives : en phase offensive, l’équipe bénéficie de la vitesse, des ailiers Lavezzi et Cavani pour porter le danger de tous les côtés. La totale liberté de placement de Zlatan Ibrahimovic, couplé à la semi-liberté de Cavani, permet à ces deux pointes de permuter constamment, d’intercaler leurs positions entre les lignes des défenses adverses, de se faire oublier, puis d’apparaitre à des endroits improbables pour surprendre les défenses regroupées. Sur l’aile, Cavani a un meilleur ratio que lorsqu’il est seul en pointe. En phase défensive, Lavezzi et Cavani participent avec énergie et hargne à l’effort de récupération et se projettent instantanément vers l’avant, appuyée par les latéraux qui apportent tous les deux des choses différentes, des passes courtes à l’entrée de la surface (Maxwell), et des centres à ras-de-terre (Van der Wiel).

Pour parfaire cet équilibre, Laurent Blanc a pris le soin d’installer un meneur de jeu à chaque ligne. En défense tout d’abord, où notre capitaine Thiago Silva sert depuis longtemps de première rampe de lancement, avec de précises balles en profondeur à destination des joueurs offensifs. Au milieu ensuite, avec un Marco Verratti évoluant dans la position chérie des amateurs de foot italien et des fans de Football Manager, le fameux registà, un meneur de jeu se plaçant devant la défense ; les défenseurs du Bayer s’en rappellent encore, avec ce caviar glissé dans les pieds de Blaise Matuidi, pour le premier but d’une belle soirée sous les étoiles de Leverkusen. En attaque enfin, avec un Zlatan Ibrahimovic dézonant fréquemment et se retrouvant ainsi en position de meneur axial, prêt à distiller de superbes balles piquées pour Cavani, ou même son ami Thiago Silva. En l’absence du géant suédois, on a vu Javier Pastore occuper la position de numéro 10, de trequartista, comme lors du match contre Evian Thonon-Gaillard, pour conserver cet équilibre bâti sur les meneurs de jeu.

2. UNE IDENTITÉ

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de la rigueur tactique, mais surtout beaucoup d’amour

 

Le rythme de circulation de balle du PSG reste souvent très stable, entre le milieu à trois, les défenseurs et les latéraux. Cette stabilité, qui s’apparente à une forme de force tranquille, est destinée à être brisée par la folie de nos attaquants : la hargne de Lavezzi, la folie de Cavani, la violence froide d’Ibrahimovic. Toute l’identité du PSG de Laurent Blanc repose sur ce jeu en possession qui s’articule en deux blocs opposés comme le jour et la nuit : un bloc composé des défenseurs et des milieux de terrain, disciplinés dans leur placement pour permettre une circulation idoine de gauche à droite du rectangle vert, et un bloc composé des attaquants, beaucoup plus libres dans leur placement, et voués à détruire violemment les verrous français et européens.

La puissance du PSG de Laurent Blanc repose sur cette brutale opposition de styles, entre musiciens d’orchestre appliqués d’un côté et solistes virtuoses de l’autre. À l’inverse d’un Guardiola qui va échafauder chaque attaque comme un général d’armée napoléonienne, Blanc a choisi de faire confiance au génie de ses attaquants ; cela est extrêmement efficace lorsque ceux-ci sont en confiance, et parfois nocif lorsqu’ils traversent une période de vide.

Les préférences tactique de Laurent Blanc ressemble en fait aux « voyages » qu’il a effectué dans sa carrière de joueur : la discipline italienne, la rapidité et la philosophie de possession espagnole, et l’efficacité sur coups-de-pied arrêtés bien française. Notons qu’il a dans son effectif des joueurs qui répondent parfaitement à cette identité, avec des joueurs au profil bien plus latin qu’anglo-saxon (la plupart des cadres de l’équipe étant passés dans de grands clubs italiens et espagnols). Ce mélange latin donne paradoxalement au PSG une identité qui lui est propre, proche des expériences culturelles du Président. 

3. UN JOUEUR DANS LE SYSTÈME : IBRA, LE ROI SOLEIL

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Ibra, apôtre du football de destruction.

C’est l’une des plus grandes réussites du mandat du président : la confiance accordée à Zlatan Ibrahimovic lui a été rendue au centuple. Laurent Blanc a choisi de lui confier presque intégralement les clés de la puissance offensive du Paris Saint-Germain. Tandis qu’Ancelotti s’appuyait sur un 4-2-2-2 de contre qui laissait une grande part de responsabilité aux trois autres joueurs offensifs, le 4-3-3 donne à « Ibra » la responsabilité principale de l’attaque parisienne, en sacrifiant deux joueurs : Javier Pastore, dont le potentiel de meneur de jeu a été écarté, dans un 4-4-2 qu’on aurait pu imaginer en losange avec un Pastore en pointe du diamant. En écartant le trequartista argentin, Laurent Blanc a fait le choix de donner à Zlatan non seulement le poste de numéro 9, mais de numéro 10. Edinson Cavani a lui aussi été « sacrifié », puisqu’il ne joue « que » sur une aile, alors qu’il est considéré par beaucoup d’observateurs comme un des meilleurs avant-centres du monde.

Ce choix fort de Laurent Blanc permet au vice-capitaine parisien une liberté absolue de ses mouvements. Le résultat donne raison au technicien : Zlatan Ibrahimovic a marqué  35 buts et délivré 11 caviars cette saison. Plus qu’un fuoriclasse, Ibra est le Roi Soleil de cette équipe, un leader tactique, technique et moral ; et Blanc ne s’y est pas trompé, et ce dés le début de saison.

4. UN ADJOINT (ET LA SCIENCE DES COUPS DE PIED ARRÊTÉS)

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Merci Jean-Louis

On ne peut évoquer les réussites tactiques de l’homme et omettre de parler de son ombre. Laurent Blanc a débarqué au PSG avec Jean-Louis Gasset, son précieux assistant. Plus qu’un simple conseiller, l’homme a apporté au camp des loges une expérience précieuse des plans de jeu. Monsieur Gasset, en plus d’être extrêmement proche de « ses joueurs », a une connaissance tactique précieuse qui, selon certains observateurs, dépasse celle du Président. Beaucoup lui attribuent la fabuleuse réussite du Paris Saint-Germain sur les coups de pied arrêtés, symbolisée notamment par le match remporté à Athènes sur le score de 4-1 (dont trois buts sur corner). Ce soir-là, en zone mixte, Thiago Motta confirmait d’ailleurs la grande importance attachée par le binôme aux phases arrêtées : « on travaille beaucoup les coups de pied arrêtés à l’entraînement, et ce soir, j’ai eu la chance et la réussite que ça marche pour moi ».

Si le rôle de Laurent Blanc est discuté par certains techniciens comme Christian Gourcuff, qui lui reprochait le mois dernier, de trop déléguer le boulot d’entraîneur à son adjoint, il nous semble juste de préciser que le duo fonctionne précisément parce qu’il est complémentaire. À Gasset le proximité avec les joueurs à travers les séances d’entraînement, à Blanc la vue d’ensemble et l’expérience des grands matchs.

La preuve de cette belle collaboration est la progression évidente de l’équipe d’un point de vue tactique depuis le départ d’Ancelotti. Alors que celle-ci semblait parfois désordonnée, et incapable de dominer une équipe inférieure, le tandem Blanc-Gasset a permis à l’équipe de gagner en intelligence tactique. La progression de Marco Verratti, par exemple, en est une illustration marquante.

5. UNE BASE DE TRAVAIL 

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Les jeunes prodiges du PSG de Blanc

Le PSG a remporté beaucoup de ses matchs cette saison, en comptant dans ses rangs de nombreux jeunes : Marquinhos, Lucas, Rabiot, Verratti, Digne, voire Hervin Ongenda et Kingsley Coman, le futur du PSG s’annonce radieux et cette saison ressemble au premier pas d’un projet tactique et humain très prometteur. En étant progressivement insérés dans ce système exigeant mais beau à regarder, ces jeunes joueurs vont continuer à porter cette philosophie tactique peut-être encore plus loin. Verratti et Rabiot auprès du maître Thiago Motta, Marquinhos auprès du « Monstro », et Ongenda auprès d’Ibra, ces élèves commencent déjà à montrer une sérénité et une intelligence tactique à faire pâlir d’envie certains vieux briscards du Championnat de France. Même si Laurent Blanc n’a jamais été un homme de très long-terme, on peut aisément imaginer qu’avec quelques années de plus, il pourrait faire de ces apprentis des joueurs confirmés tactiquement. Il n’y a qu’à voir la progression de Lucas Moura (et ses neuf passes décisives cette saison, lui qui ne « saurait pas jouer au football », selon Guy Roux) pour s’en convaincre : Laurent Blanc est un homme fiable pour faire progresser cette jeune équipe au sein d’une même philosophie tactique.

Celle-ci pourra aussi, avec de l’expérience supplémentaire en Ligue des Champions, progresser tactiquement contre les adversaires « très coriaces ». Il faut simplement laisser un peu de temps à l’ancien libéro des bleus, mais l’orientation nous semble bonne. Bien sûr, il y a eu aussi des échecs cette année, mais nous en parlerons dans un prochain article.

En attendant, cette magnifique équipe, qui s’apprête à être sacrée championne, pourrait l’être dés dimanche. Comme un hommage, à cette fameuse dernière journée de mai 2008, ou l’équipe s’était sauvée à la dernière journée. Pour cela, il faudra se méfier d’une équipe de Sochaux ressuscitée, qui jouera avec une forte détermination et peut-être l’énergie du désespoir. Nul doute que l’histoire serait belle en tout cas.

Gaspard K.

 

 


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